Après avoir fait du jeune Finlandais Jesperi Kotkaniemi leur premier choix lors du dernier repêchage, les Canadiens de Montréal ont au deuxième tour jeté leur dévolu sur un autre jeune Finlandais au grand talent, Jesse Ylonen, au 35ème rang au total, ce dernier ayant d’ailleurs joué aux côtés de Kotkaniemi en 2017 aux championnats du monde des moins de 18 ans, y connaissant un grand succès.

Ylonen est un ailier droit qui joue aussi à gauche sans problème, mesurant 6 pieds 1 et pesant environ 170 livres. Il possède un grand talent offensif et son potentiel est extrêmement intéressant. À noter qu’il est né à Scottsdale en Arizona, son père Juha jouant à l’époque pour les Coyotes de Phoenix; sa date de naissance est le 3 octobre 1999, faisant de lui un joueur « late birthday », ce qui a fait en sorte qu’il ne fut pas éligible à jouer lors du championnat mondial des moins de 18 ans plus tôt cette année. Il ne fut pas non plus choisi pour les championnats des moins de 20 ans, l’équipe de la Finlande étant remplie de joueurs de 18 et 19 ans très talentueux. Il a joué la dernière saison avec le United de Espoo, en Mestis, deuxième ligue professionnelle en Finlande, y obtenant 14 buts et 27 points en 48 parties.

lonen stat

(Image : eliteprospects.com)
Ce fut une bonne production pour le jeune attaquant, toute production d’un demi point par match ou plus dans une ligue professionnelle étant un accomplissement digne de mention pour un jeune à son année de repêchage.
 

Cependant, là où il a su réellement s’illustrer, ce fut lors de sa saison de 16 ans, lors des championnats mondiaux des moins de 18 ans. Il y obtenu alors 4 buts et 9 points en 7 parties, une production très impressionnante qui le plaça troisième pour le total de points au sein de son équipe, devant des joueurs comme Joni Ikonen (4 buts, 8 points), Jesperi Kotkaniemi (1 but, 6 points) et Rasmus Kupari (3 passes), dans un tournoi surtout dominé par des joueurs à leur année de repêchage. Il y a joua d’ailleurs de nombreuses minutes avec le premier choix du CH en 2018, y développant une certaine chimie avec Kotkaniemi et marquant quelques gros buts ensemble.

 

Ylonen possède deux grandes forces dans son jeu : la rapidité et la créativité. Autant au niveau du maniement de la rondelle que du patinage, Ylonen est un joueur qui joue à un rythme élevé et qui sait effectuer des jeux remarquables en zone offensive. Au niveau du patinage, il possède une accélération et une vitesse de pointe de haut niveau et sait profiter de sa grande agilité au niveau des virages et déplacements latéraux afin d’alimenter sa créativité et de se créer des options en attaque. Il possède les mains pour compléter le tout, lui qui sait manier la rondelle avec rapidité et précision, même à haute vitesse. Ses faits saillants comportent en conséquence plusieurs jeux spectaculaires et on voit en lui un potentiel attaquant top 6.

 

Quand il est à son meilleur, Ylonen sait contrôler le jeu avec sa capacité à créer des chances de marquer pour son équipe. On peut le voir confondre les défenseurs adverses avec des changements de direction, des feintes et des passes rapides et précises, en plus d’offrir une bonne option pour un tir sur réception, lui qui a enfilé plusieurs buts cette saison à partir du cercle de mises en jeu à l’aile gauche, zone de prédilection de plusieurs marqueurs droitiers tel Alexander Ovechkin ou Steven Stamkos. Ylonen est loin d’avoir le même talent de marqueur, mais il est capable d’enfiler l’aiguille sans problème si l’opposition lui accorde trop d’espace, ce qui le rend plus difficile à contrer.

Le jeune Finlandais possède sans aucun doute un talent offensif de premier plan. Il n’est pas le genre de joueur à multiplier les revirements et sait y aller de jeux intelligents. Il a le potentiel de devenir un attaquant extrêmement productif et très menaçant offensivement, ce qui fait que plusieurs dépisteurs affirmaient que de le voir partir en première ronde serait loin de les surprendre. Ceux l’ayant observé au cours de la saison affirment aussi avoir vu une progression constante dans son cas. Cependant, il y a quelques aspects négatifs qui expliquent sa disponibilité en deuxième ronde.

 

Tout d’abord, malgré sa taille qui est plus qu’assez pour un joueur de hockey, Ylonen est extrêment léger, et on pourrait le qualifier de frêle selon les standards de la LNH. Aux dernières nouvelles, il faisait osciller la balance à environ 170 livres et ce ne sera clairement pas assez s’il veut s’établir un jour un Amérique du Nord. D’ailleurs, il a été assez évident cette année qu’il lui manque beaucoup de force et de maturité physique.

Il s’est régulièrement fait mettre de côté par un adversaire plus fort lors de batailles le long des rampes ou devant le filet, et il manquait aussi de force et d’équilibre quand venait le temps de protéger la rondelle, menant à plusieurs rondelles perdues aux mains d’un opposant plus puissant que lui. Par conséquent, on pouvait parfois le voir jouer un peu trop en périphérie. Il lui faudra ajouter du poids et de la force autant dans ses jambes qu’au niveau du haut du corps, ce qui devrait avoir plusieurs effets bénéfiques : enjambées plus puissantes, équilibre amélioré, tirs plus puissants, capacité à protéger la rondelle, etc.

 

Ylonen a aussi montré certaines lacunes au niveau de la constance, lui qui a marqué par séquences l’an dernier, passant plusieurs longues semaines sans obtenir beaucoup de points. Cependant, pour un jeune faisant ses débuts dans les rangs professionnels, ça peut se comprendre. Il lui faudra cependant travailler cet aspect.

De plus, il est impossible de trouver un exemple de joueur ayant passé son année de repêchage au complet en Mestis s’étant établi dans la LNH. Plusieurs excellents espoirs Finlandais y sont passés à un certain moment, mais la plupart n’y ont disputé qu’un dizaine de parties tout au plus. L’espoir notable y ayant passé le plus de temps serait Patrik Laine, qui y a disputé 36 parties lors de sa saison de 16 ans, n’y obtenant que 5 buts et 12 points en 36 parties. C’est donc dire qu’une production de 27 points en 48 parties à 17 ans est loin d’être mauvaise.

Encore une fois, je ne crois pas qu’il faut accorder trop d’importance à ce fait. Tout d’abord, Mestis est une ligue relativement jeune, ayant vu le jour au début des années 2000, et dont le niveau est en progression d’année en année. Le jeu y est définitivement de calibre professionnel et pour n’importe quel jeune, peu importe le talent, le niveau de jeu y est clairement beaucoup plus élevé quand dans le Junior d’où il provient. De plus, quand on voit des joueurs de la LNH sortir de ligues obscures en France ou d’écoles secondaires aux programmes peu connus, on constate que l’important pour un jeune est de faire face à une opposition qui lui offrira un défi à relever, ce qui fut le cas pour Ylonen en Mestis.

Une comparaison intéressante pour cet ailier droit au potentiel offensif excitant serait Ales Hemsky. Ylonen posède possiblement une touche de marqueur un peu plus prononcée, mais leurs styles de jeu se ressemble énormément : rapidité, créativité et dynamisme. On pourrait aussi le comparer avec le jeune attaquant de Maple Leafs William Nylander.

 

 

S’il est capable de s’établir dans la LNH, ce sera dans un rôle offensif tel que les deux joueurs mentionnés ci-haut. Il ne sera jamais le genre de joueur à pouvoir s’occuper de missions défensives sur un troisième ou quatrième trio. Choisir Ylonen est un choix avec un risque assez haut, car il est loin d’être certain qu’il saura se développer assez pour jouer à temps plein dans la LNH. Cependant, la récompense en cas de succès en fait un pari fort intéressant et vu le haut talent du joueur, un pari qui vaut sans aucun doute un 35ème choix au total!